Réforme du métier infirmier : un décret historique qui redéfinit en profondeur la place des infirmiers dans le système de soins

Réforme du métier infirmier – Décret 2025

Réforme du métier infirmier : un décret historique qui redéfinit en profondeur la place des infirmiers dans le système de soins

Publié au Journal officiel le vendredi 26 décembre 2025

Publié au Journal officiel le vendredi 26 décembre 2025, le décret d’application de la loi du 27 juin 2025 marque un tournant majeur pour la profession infirmière. Attendu de longue date, ce texte vient concrétiser une réforme profonde du métier en reconnaissant pleinement l’autonomie, l’expertise clinique et le rôle central des infirmiers et infirmières dans l’accès aux soins.

Loin d’une simple mise à jour réglementaire, ce décret redéfinit l’exercice infirmier autour du raisonnement clinique, de la prévention, du suivi des patients et de la coordination des parcours de soins. Il entérine un véritable changement de paradigme dans un système historiquement centré sur la prescription médicale.

Une reconnaissance officielle du rôle propre infirmier

Jusqu’ici, l’exercice infirmier reposait en grande partie sur une liste d’actes ancienne, réalisée majoritairement sur prescription médicale préalable. Le décret du 24 décembre 2025 rompt avec cette logique en affirmant clairement que les infirmiers diplômés d’État peuvent désormais initier des soins relevant de leur champ de compétences, dans le cadre de leur rôle propre.

Ces soins peuvent être de nature :

  • préventive,
  • éducative,
  • curative,
  • relationnelle,
  • ou destinés à la surveillance clinique.

Les infirmiers ne sont plus considérés comme de simples exécutants, mais comme des professionnels autonomes, responsables, capables de prendre en charge directement les patients dans leur domaine d’expertise.

La consultation infirmière : une avancée structurante

Parmi les évolutions majeures introduites par le décret figure la consultation infirmière, désormais clairement définie et reconnue juridiquement.

Il s’agit d’un temps clinique structuré, fondé sur l’expertise infirmière et le raisonnement clinique.

La consultation comprend notamment :

  • un entretien approfondi avec le patient,
  • l’évaluation de son état de santé, de ses antécédents et de ses habitudes de vie,
  • l’analyse de la situation clinique,
  • l’identification des besoins de santé,
  • l’élaboration d’un projet de soins personnalisé,
  • l’évaluation et l’adaptation des soins dans le temps.

Dans ce cadre, l’infirmier peut poser un diagnostic infirmier, entendu comme l’identification des besoins spécifiques du patient relevant de son champ de compétences. Cette reconnaissance sécurise juridiquement des pratiques déjà largement exercées sur le terrain et valorise une relation de soin basée sur l’écoute, la continuité et la confiance.

Accès direct aux soins infirmiers : un signal fort pour les territoires

Le décret confirme également l’accès direct aux infirmiers pour les soins relevant de leur rôle propre. Concrètement, cela signifie que les patients pourront être pris en charge sans prescription médicale préalable pour certaines situations, dans un cadre qui sera précisé par arrêté.

Cette mesure vise à :

  • améliorer l’accès aux soins,
  • réduire les délais de prise en charge,
  • fluidifier les parcours,
  • répondre aux tensions croissantes dans de nombreux territoires.

L’accès direct s’inscrit toutefois dans une logique de coordination : le décret insiste sur la traçabilité des actes, la communication avec les autres professionnels de santé et l’inscription dans un parcours de soins structuré.

Prescription infirmière : un cadre clair et sécurisé

Autre avancée majeure : la possibilité pour les infirmiers de prescrire des produits de santé et des examens complémentaires, dans un cadre strictement défini.

Cette évolution permet notamment :

  • la prise en charge directe des plaies et brûlures légères,
  • le suivi de leur évolution sans prescription préalable,
  • la simplification des parcours pour les patients,
  • un gain de temps médical, sans compromis sur la sécurité.

Prévention, santé publique et accompagnement global des patients

Le texte renforce également le rôle des infirmiers dans des domaines essentiels de santé publique. Il reconnaît leur capacité à :

  • repérer les situations de maltraitance ou de souffrance psychique,
  • assurer des soins relationnels et un soutien psychologique,
  • concevoir et conduire des actions d’éducation thérapeutique,
  • intervenir en prévention (chutes, obésité, addictions, santé sexuelle, vaccination).
Les infirmiers voient aussi leur rôle confirmé dans :
  • l’évaluation et le maintien de l’autonomie des personnes âgées,
  • la prévention, l’évaluation et le soulagement de la douleur,
  • l’accompagnement de la fin de vie et de la détresse.

En matière de vaccination, ils pourront désormais vacciner sans prescription préalable :

  • pour tous les vaccins obligatoires à partir de 11 ans (hors immunodéprimés),
  • contre la grippe et le Covid dès 5 ans,
  • et réaliser certains tests de dépistage d’infections sexuellement transmissibles (VIH, hépatites, chlamydia…).

Délégation d’actes et reconnaissance des pratiques avancées

Le décret ouvre également la possibilité pour les infirmiers de déléguer certains actes à des aides- soignants ou auxiliaires de puériculture, selon des modalités qui seront précisées par arrêté. Il reconnaît par ailleurs explicitement les infirmiers anesthésistes diplômés d’État (IADE) dans une logique de pratique avancée, avec une inscription spécifique dans le Code de la santé publique. Pour les autres spécialités, le texte constitue une première étape structurante, appelée à évoluer progressivement.

Un calendrier progressif et concerté jusqu’en 2026

Si le décret fixe les grands principes, plusieurs arrêtés d’application restent attendus, notamment :

  • la liste des actes relevant du rôle propre infirmier,
  • la liste des produits de santé et examens pouvant être prescrits.
L’ensemble du dispositif devra être pleinement opérationnel au plus tard le 30 juin 2026, afin de permettre une mise en œuvre progressive et sécurisée, y compris dans les formations initiales. L’objectif affiché est clair : donner de la visibilité aux professionnels, aux structures de soins et aux instituts de formation, pour que cette réforme majeure puisse être appliquée dans des conditions réalistes et adaptées aux réalités du terrain.

Une réforme fondatrice pour l’avenir du soin

Avec ce décret, la profession infirmière entre dans une nouvelle ère. Autonomie renforcée, reconnaissance du raisonnement clinique, accès direct, consultation infirmière, prévention et coordination : le texte consacre enfin ce que des milliers de professionnels pratiquent déjà au quotidien. Plus qu’un ajustement réglementaire, il s’agit d’une réforme fondatrice, appelée à transformer durablement l’organisation des soins et la place des infirmiers au cœur du système de santé.

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