Certification périodique des infirmiers : d’un principe flou à un cadre enfin lisible
Lire le décret officiel sur Sante.gouv.frDepuis deux ans, la certification périodique des soignants fait partie du paysage réglementaire. Sur le papier, l’intention était claire : garantir, dans la durée, un haut niveau de qualité et de sécurité des soins.
Sur le terrain, en revanche, beaucoup d’infirmières et d’infirmiers en avaient surtout une perception abstraite. Importante sur le principe. Floue dans sa mise en œuvre.
La publication du décret de fin décembre 2025 marque un tournant discret mais décisif. Il ne bouleverse pas la philosophie du dispositif. Il en précise les règles du jeu. Et surtout, il le rend enfin compréhensible, structuré et vérifiable.
Un cadre national clair pour sécuriser les parcours professionnels
Le décret introduit un élément central : un système d’information national dédié à la certification périodique.
Chaque professionnel dispose désormais d’un compte individuel, « Ma Certif’Pro Santé », destiné à retracer les actions réalisées tout au long du cycle.
Les modalités de contrôle sont désormais encadrées et harmonisées, sous l’égide des Ordres professionnels, notamment l’Ordre National des Infirmiers.
L’objectif est clair : sortir d’une logique déclarative incertaine pour aller vers un dispositif fiable, traçable et équitable pour tous.
Une certification construite par cycles, progressive et structurée
La certification périodique des professionnels de santé s’organise par cycle de 6 ans.
À titre transitoire, le premier cycle est porté à 9 ans pour les professionnels diplômés avant 2023.
Elle repose sur une articulation en deux temps :
- Une obligation triennale, correspondant aux axes 1 et 2,
- Complétée par deux axes supplémentaires, permettant de répondre à l’ensemble des exigences du dispositif.
Cette construction est issue d’une démarche participative et indépendante, associant les représentants des professions de santé, afin de garantir :
- Le maintien des compétences,
- La qualité des pratiques professionnelles et pluriprofessionnelles,
- L’actualisation des connaissances.
Les quatre axes de la certification périodique
Axe 1 – Améliorer les connaissances et les compétences
Il s’agit d’assurer une mise à jour régulière des savoirs, en lien avec l’évolution des recommandations, des techniques et des organisations de soins.
Axe 2 – Renforcer la qualité des pratiques professionnelles
Cet axe vise l’amélioration continue des pratiques, individuelles et collectives, au service de la sécurité et de la qualité des soins.
Axe 3 – Améliorer la relation avec les patients
La certification reconnaît ici l’importance de la communication, de l’écoute, de l’information et de la place du patient dans son parcours de soins.
Axe 4 – Mieux prendre en compte la santé du professionnel
C’est une avancée notable : la santé du soignant devient un enjeu à part entière. Prévention de l’épuisement, conditions d’exercice, équilibre professionnel… la qualité des soins passe aussi par la santé de ceux qui les prodiguent.
Le rôle clé de l’accompagnement par les Conseils Nationaux Professionnels
Le décret introduit une évolution majeure : la possibilité d’un accompagnement par les Conseils Nationaux Professionnels (CNP).
Pour les infirmières et infirmiers généralistes, ce rôle sera assuré par le CNPI – Conseil National Professionnel Infirmier.
Lorsque la réalisation du programme minimal d’actions devient complexe, le recours au CNP permet de sortir d’une logique binaire « conforme / non conforme ».
- Analyse qualitative du parcours,
- Identification d’actions adaptées à l’exercice réel,
- Sécurisation du parcours en cas de contraintes organisationnelles ou de trajectoires atypiques.
Une philosophie assumée : soutenir plutôt que sanctionner
La certification périodique n’a pas vocation à devenir un outil de sanction administrative. Elle vise à soutenir une dynamique de qualité et de sécurité des soins, à condition que l’accompagnement soit réel, accessible et reconnu. Manque de temps, tensions organisationnelles, évolutions de postes : la qualité ne se décrète pas. Elle se construit.
Une question décisive pour l’avenir du dispositif
Si la certification devient un empilement d’attestations, elle épuisera des professionnels déjà fragilisés. Si, au contraire, elle s’appuie réellement sur l’accompagnement, la prévention, la reconnaissance du rôle infirmier et la valorisation des parcours, elle peut devenir un levier puissant. Un levier pour renforcer la confiance des patients, mais aussi pour consolider la crédibilité et l’attractivité de la profession infirmière sur le long terme.

