Pneumocoque : la HAS actualise la stratégie vaccinale avec les vaccins VPC20 et VPC21
La Haute Autorité de santé a actualisé, fin juillet 2026, ses recommandations de vaccination contre les infections à pneumocoques. L’objectif : mieux couvrir les sérotypes actuellement responsables des infections en France et renforcer la protection des populations les plus exposées.
Pourquoi cette évolution ?
Le pneumocoque, ou Streptococcus pneumoniae, peut être responsable d’infections fréquentes, comme certaines pneumonies, mais aussi de formes invasives beaucoup plus sévères lorsque la bactérie atteint le sang ou les méninges. L’efficacité d’une stratégie vaccinale dépend notamment de sa capacité à couvrir les sérotypes qui circulent réellement dans la population.
L’arrivée de vaccins conjugués à plus haute valence permet aujourd’hui d’élargir cette couverture. Après analyse des données épidémiologiques françaises, des données d’immunogénicité et de sécurité, ainsi que de travaux de modélisation, la HAS a donc redéfini la place des différents vaccins selon l’âge et le niveau de risque.
Le pneumocoque : des infections parfois graves
Streptococcus pneumoniae est une bactérie pouvant coloniser les voies respiratoires sans provoquer de symptôme, mais aussi être responsable d’otites, de sinusites et surtout de pneumonies. Dans certaines situations, l’infection devient « invasive » : la bactérie est alors retrouvée dans un site normalement stérile, notamment le sang ou le liquide céphalorachidien. On parle alors, par exemple, de bactériémie ou de méningite à pneumocoque.
Les formes graves concernent particulièrement les nourrissons, les personnes âgées et les personnes présentant certains facteurs de risque ou maladies chroniques. La HAS rappelle également que le pneumocoque constitue la première cause bactérienne de pneumonie aiguë communautaire en France et serait impliqué dans environ 15 à 30 % de ces pneumonies.
Pourquoi la HAS fait évoluer la stratégie vaccinale ?
Il n’existe pas un seul pneumocoque : la bactérie possède de nombreux sérotypes. Or leur fréquence évolue avec le temps. Un vaccin peut donc rester efficace tout en couvrant moins bien les sérotypes devenus majoritaires dans les infections observées.
C’est tout l’intérêt des vaccins dits « à haute valence » : ils ciblent davantage de sérotypes. La réévaluation publiée par la HAS en juillet 2026 vise ainsi à rapprocher la stratégie vaccinale de l’épidémiologie actuellement observée en France.
Sur la base des données françaises 2024 analysées par la HAS, les sérotypes inclus dans le VPC20 correspondraient à environ 41 % des cas d’infections invasives à pneumocoques, contre jusqu’à 18 % pour les vaccins précédemment recommandés.
Le VPC21 couvrirait les sérotypes responsables d’environ 84 % des infections invasives observées, contre environ 63 % pour le VPC20.
La HAS rapporte par ailleurs une progression des infections invasives depuis 2015. Une modélisation menée avec l’Institut Pasteur estime qu’en l’absence d’évolution de la stratégie vaccinale, celles-ci pourraient entraîner, sur cinq ans, plus de 17 000 hospitalisations, près de 3 000 personnes avec des séquelles et environ 2 800 décès.
Nourrissons : le VPC20 devient le vaccin recommandé
Pour les nourrissons, y compris les prématurés, la HAS recommande désormais l’utilisation du VPC20 (PREVENAR 20) à la place des vaccins VPC13 et VPC15 précédemment utilisés dans cette population.
Première dose de VPC20.
Deuxième dose de primovaccination.
Troisième dose de primovaccination.
Dose de rappel.
Enfants à risque : une stratégie également simplifiée autour du VPC20
La nouvelle recommandation concerne aussi les enfants présentant un risque accru d’infection à pneumocoque, notamment certaines situations d’immunodépression, l’asplénie, la drépanocytose ou certaines maladies chroniques identifiées par les recommandations vaccinales.
La HAS recommande désormais le VPC20 chez les enfants à risque et préconise l’arrêt de l’utilisation du VPC13, du VPC15 et, dans cette stratégie pédiatrique, du vaccin polysaccharidique VPP23.
| Situation | Vaccin recommandé | Schéma HAS 2026 |
|---|---|---|
| Enfant à risque de 15 mois à moins de 5 ans | VPC20 | 1 dose, avec un délai d’au moins 8 semaines après la dernière dose d’un VPC antérieur. |
| Enfant à risque de 5 ans à moins de 18 ans | VPC20 | 1 dose, au moins 8 semaines après la dernière vaccination pneumococcique. |
| Enfant à risque non vacciné de 2 à moins de 5 ans | VPC20 | 1 dose. |
Adultes : le VPC21 devient le vaccin à privilégier
Chez l’adulte, la HAS recommande désormais un recours préférentiel au VPC21 (CAPVAXIVE). Cette recommandation concerne les adultes de 18 à 64 ans présentant un risque accru d’infection à pneumocoque ainsi que toutes les personnes âgées de 65 ans et plus.
La HAS inclut également parmi les personnes à risque les soudeurs régulièrement exposés aux fumées de soudage et certains travailleurs de la métallurgie, chez lesquels un surrisque d’infection pneumococcique a été identifié.
Le choix préférentiel du VPC21 repose notamment sur son adéquation avec les sérotypes circulant chez l’adulte : chez les personnes âgées de 65 ans et plus, la couverture sérotypique estimée est de 84 %, contre 63 % pour le VPC20.
La nouvelle stratégie en un coup d’œil
| Population | Vaccin privilégié | Schéma |
|---|---|---|
| Nourrissons dès 8 semaines, y compris prématurés | VPC20 – PREVENAR 20 | 2, 4 et 6 mois + rappel à 11 mois |
| Enfants à risque | VPC20 – PREVENAR 20 | Selon l’âge et les vaccinations antérieures |
| Adultes à risque de 18 à 64 ans | VPC21 – CAPVAXIVE | Dose unique |
| Toutes les personnes de 65 ans et plus | VPC21 – CAPVAXIVE | Dose unique |
Que faire lorsqu’une vaccination a déjà été commencée ?
Chez le nourrisson
Lorsqu’un nourrisson a commencé son schéma avec un VPC13 ou un VPC15, la HAS recommande de poursuivre la vaccination avec le VPC20, en suivant le schéma prévu à 2, 4, 6 et 11 mois. Il n’est donc pas nécessaire de recommencer l’ensemble de la vaccination.
Chez l’adulte déjà vacciné par VPC20
À ce stade, la HAS ne recommande pas de rattrapage systématique par VPC21 pour les adultes ayant déjà reçu un VPC20. Elle souligne également qu’aucun schéma séquentiel associant VPC20 puis VPC21 n’a, à ce jour, été étudié.
Et après une dose unique ?
La HAS ne se prononce pas encore sur l’intérêt d’une revaccination ultérieure après la dose unique de VPC21. Des données complémentaires, notamment sur la durée de protection, restent attendues.
Quels repères pour les infirmiers libéraux ?
Pour les IDEL, cette évolution implique surtout de bien identifier le statut vaccinal, l’âge et les éventuels facteurs de risque avant d’orienter ou de vacciner conformément au cadre réglementaire et au calendrier vaccinal en vigueur.
Personnes de 65 ans et plus, adultes plus jeunes présentant une situation à risque, enfants à risque ou nourrissons dont le calendrier vaccinal doit être vérifié.
Le choix du vaccin et le calendrier peuvent dépendre des doses déjà reçues. Il est donc essentiel de consulter le carnet de vaccination, Mon espace santé ou les éléments disponibles dans le dossier du patient.
Les vaccins VPC20 et VPC21 peuvent, selon la HAS, être administrés concomitamment avec les autres vaccinations recommandées aux âges concernés. En pratique, la prescription, la délivrance, l’administration et la prise en charge doivent toujours être appréciées selon les textes et le calendrier vaccinal applicables au moment du soin.
Ce qu’il faut retenir
La stratégie française de vaccination antipneumococcique évolue vers des vaccins conjugués couvrant davantage de sérotypes. Pour les nourrissons et les enfants à risque, la HAS recommande désormais le VPC20. Chez les adultes à risque ainsi que chez toutes les personnes de 65 ans et plus, elle recommande de privilégier le VPC21, administré en dose unique.
Cette actualisation vise à adapter la prévention aux sérotypes actuellement responsables des infections en France, dans un contexte de progression des infections invasives et de poids important des pneumonies à pneumocoque.
Sources médicales et institutionnelles
- Haute Autorité de santé – Pneumocoques : une stratégie vaccinale actualisée pour mieux protéger les populations à risque, 30 juillet 2026
- Haute Autorité de santé – Révision de la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques, recommandations 2026
- Ministère chargé de la Santé – Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales

